Mercredi 8 octobre 2008
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16:25
Qui est intéressé par un petit manuel du bon parler québecois ?
Après plus d'un mois d'immersion, I spread the savoir.
Parce qu'il y a des habitudes à prendre.
Des petites subtilités de langage à connaître.
Si tu ne veux pas passer pour un idiot dans le Grand Nord.
Ou juste te départir de ta réputation de pédant, tâtillon, donneur de leçon de tabernacle de Français.
Oui.
Pas de chance.
Ils ont cette image bien ancré dans leur imaginaire collectif.
La vérité : ils n'aiment pas forcément les Français.
Voire, ils auraient même un GROS a priori à notre sujet.
Je sais.
C'est dur à encaisser.
Surtout que toi, tu crois qu'ils sont tous bien sympas et rigolos ces Québecois.
Prêts à t'accueillir les bras ouverts dans leur cabane à sucre.
Le sirop d'érable pleins les doigts.
Le beurre de cacahuète à la commissure des lèvres.
Le ventre bien calé par une poutine montagnarde.
L'accent gras et traînant pour ton plus grand plaisir.
Tu t'en amuses d'avance.
Déception.
A la première immitation bien sentie de ton accent à toi.
Qui te donne (paraît-il) un air supérieur.
Il faut dire qu'ils ont de quoi entretenir le complexe pour deux raisons principales :
1. Historique : les élites canadiennes parlaient un français de France. Elles n'acceptaient pas la "déviation" du français par le patois québecois-français. Au point qu'au cours du 20ème
siècle de nombreuses institutions de sauvegarde du français en Amérique du Nord ont été créées.
Il en reste un amalgame fait entre snobisme/pédantisme et Français.
2. Sociologique : l'absence d'accent québecois est lié à un niveau d'étude supérieur. En gros, plus les Québecois sont diplômés, moins leur accent est fort.
Conclusion :
Accent français = anciennes élites canadiennes.
= haut niveau de qualification = pouvoir économique.
= pouvoir
social.
= pouvoir
culturel.
On comprend donc mieux leur réserve vis-à-vis de l'accent français.
Ce qui est compréhensible.
Mais paradoxal.
Parce que d'un autre côté, les Québecois sont très fiers et jaloux de leur héritage francophone.
Au point que la guerre larvée que se livre anglophones et francophones (et par extension fédéralistes et indépendantistes) est à peine cachée.
Visible jusque dans la démarcation entre quartiers majoritairement anglophones et quartiers majoritairement francophones à Montréal.
Visible jusque dans la Charte canadienne avec l'adoption de la loi 101 en 1977 qui fait du français la seule langue officielle du Québec (avant elle ne l'était que de facto). Et pour
laquelle les Québecois se sont battus plusieurs années.
Bon.
Là, je suis presque fière.
Ou comment vous prouvez que je vais en cours aussi.
Que je ne fais pas que du tourisme.
Pas que des partys.
Pas que des Blondes Boréales (pardon Eloyz).
Ni des Blondes tout court.
Bref.
Après ce petit détour explicatif, venons-en aux faits.
Le Québecois.
Petit lexique :
- mon char = ma voiture,
- mes gosses = mes couilles (là, tu comprends déjà comment une conversation peut virer au bizarre, et même au franchement glauque),
- mes boules = mes seins (autant éviter le : "P*#tain j'ai les boules !"),
- chialer = se plaindre, gémir (ça peut donner, en cours, quelque chose comme : "à l'adoption de cette loi, les canadiens ont chialé pendant un an". Surprenant la 1ère fois),
- niaiser = se moquer (compréhensible, mais utile à rappeller car extrêmement usité : "Tu me niaises-tu ?", "oh, il est niaiseux !" à longueur de journée),
- pogner = attraper, choper, ... (peut se mettre à toutes les sauces : "j'ai pogné le bus", "t'as-tu pogné l'hôtel ?", "il m'a pogné par la manche", "il m'a pogné", ...),
- c'est cute = c'est mignon, chou (bon, ça, je ne te fais pas l'insulte de croire que tu ne comprenais pas. Mais à retenir. Le tiers de leur phrase étant ponctué par un "c'est cute, c'est
cute"),
- être tanné = être emmerdé, en avoir ras-le-bol (souvent plus fort qu'être juste fatigué),
- c'est correct = c'est OK, c'est bon, c'est acceptable ("T'as-tu cassé le verre ?" "Bon, c'est correct, là"),
- c'est écoeurant = c'est fort, c'est génial, c'est admirable ("T'as-tu vu le trapéziste à la télé ?" "C'est écoeurant comme il est doué !". Là encore, on peut comprendre. Et certains en
France, s'en servent de la même façon. Mais beaucoup moins couramment),
- c'est débile = c'est fou, c'est amusant ("T'as-tu fait tes maths ? C'est débile comme c'est facile.""Mon entretien, il m'a posé pleins de questions ! C'était débile, là."),
- c'est hot = excitant, cool, génial ("C'est hot le party de ce soir"),
- et caetera = prononcé etCHaetera,
- avoir le goût de = avoir l'envie de,
- être excité = être réjoui, content (particulièrement surprenant, quand entre deux tartines, la tête dans le c*# le matin, ta coloc' te demande les yeux brillants, soirée DVD la veille :
"Oh et t'es-tu excitée ?"),
- c'est comme = ben, c'est comme, mais ils n'en font pas le même usage ("C'est comme tu prends ta gomme et tu gommes", "C'est comme tu fais le ménage, et t'as mal partout", ...),
- la chambre d'eau = la salle de bain,
- être fourré = se faire entuber, anarquer ("Hier il m'a fourré au garage". De loin mon expression préférée.),
- je suis plus capable = je ne supporte plus,
- tabernacle, calice (ostie de calice) : jurons populaires qui peuvent constituer un verbe, un adverbe, un nom, un adjectif, bref qui servent à tout !
- ma blonde = ma copine, petite amie, fiancée,
- mon chum = mon copain, petit ami, fiancé,
- mon/ma copain/e = mon/ma petit/e ami/e.
Tournure grammaticale particulière :
Le 'tu" à toutes les sauces.
Dans mes exemples, je te l'ai déjà indiqué.
C'est une conjugaison particulière qui fait entièrement partie de leur parler oral.
Enervante.
Invariable.
Ca concerne les trois personnes du singulier.
Le but est simple.
Pose une question et, en plus de ton sujet et verbe, rajoute, QUOIQU'IL ARRIVE, un "tu".
Exemples :
"Je peux-tu prendre ton stylo ?"
"Tu vas-tu en vacances ?"
"Elle sait-tu compter jusqu'à trois ?"
Ils le disent TOUS.
Exaspérant à entendre.
Surtout au début.
Bien sûr j'en ai sûrement oublié en chemin.
Si ça me revient, je remettrai cette rubrique à jour.
Voilà.
Ca faisait un petit moment que l'idée me trottait dans la tête.
Peut-être qu'un jour ça te servira.
Qui sait ?
Oh et puis :
(Oui, oui, je vous avais prévenu. Ils peuvent être féroces ces Québecois).