Oui parce que je parle de la coloc' depuis le début, mais bon. On est censé travailler quand même.
Un peu.
Et toutes les conditions sont réunies pour qu'on y parvienne.
C'est que l'Université de Montréal n'est pas classée parmi les 100 meilleures universités du monde par le Times pour rien.
C'est une ville dans la ville. Avec son marché. Ses trois stations de métro. Son magasin de souvenirs.
Ouais, man.
T'as toujours rêvé de boire ton café dans un mug estampillé "Université de Montréal" ? De ranger tes CDs dans une pochette CD spéciale Udem ? De faire de la randonnée avec un super nouveau sac
avec marqué "Université de Montréal" dessus ? Ta gym avec le short de l'université ? T'afficher avec un superbe sticker Udem sur la parebrise de ta voiture ?
Ne cherche plus. L'Udem l'a fait.
Petit chanceux, va ! T'as quand même bien de la veine. Un tee-shirt a 28$, même pas ta taille, mais qu'il fait presque pas robe de nuit sur toi.
Et puis, c'est pas comme si la vie était si chère que ça sur le campus.
Pas comme si t'avais payé ton repas de midi, de la salade et un fruit 13,68$. Pas comme si t'avais dû acheter à la librairie de l'Université (qui est une vraie librairie avec stylos, map,
trousses, dictionnaires, ...) le bête recueil de textes de ton cours de Politiques sociales, relié par ton prof himself, 27,65$, alors qu'à l'IEP le même prof te l'aurait distribué gratos. (Oui,
je suis maintenant en possession de deux recueils dans cette matière, de même tailles, avec quelques textes similaires, qui ne diffèrent que par la couleur de leur couverture ... et leur
prix).
Au passage, je te laisse à cette réflexion : imagine le coût d'une année universitaire pour un étudiant canadien.
Sachant qu'il paye son année entre 7 000 et 9 000 $. Qu'il a entre une moyenne de 12 cours par semestre, suivant son programme d'études, qui demandent autant de recueils et de livres. Qu'il veut
peut-être faire du sport ce qui fait varié entre 90 et 150$ le coût d'inscription à prévoir. Qu'il n'a pas forcément toujours envie de se prévoir un sandwich à midi.
Ce qui m'explique aussi pourquoi tellement de jeunes étudiants montréalais ont des jobs à côté de leurs cours. Pourquoi mes colocs' bossent tous les trois.
J'ai pas l'impression que c'est aussi répandu en France. Même si certains chiffres vus en CM me reviennent. Du moins à l'IEP clairement, ça risque pas. A part quelques babysitteuses, fausses
caissières IKEA. J'en connais pas.
D'ailleurs en parlant d'IEP, hier en Politiques urbaines on a assisté à un tour de France des Sciences Po. La prof avait demandé à ce que les étudiants se présentent les uns après les autres. On
a ainsi pu dénombrer au nombre des présents sciences poteux : une Lilloise, une Parisienne, un Lyonnais, deux Grenoblois (Renaud et moi). La cerise sur le gateau étant le moment où la prof
embraye sur son parcours, et dit, toute sourire, qu'elle a fait une partie de ses études à Science Po ... Bordeaux.
"Emmenez-moi à Science Po Bordeaux,
Emmenez-moi au pays des blaireaux,
il me semble que la misère,
serait d'avoir Alain Juppé comme maireeuuuhhhhhhhhhh"nostalgie ... short de foot ... petit short ... bleu ... le short
... bleu ... mon coeur ...non, mais, non je blague hein ?! Je m'en fous d'abord. Va pas
croire que ... j'y pense encore. Pfffffff
Il existe de ces logiciels informatiques magiques.
"A ne pas mettre entre toutes les mains".
Voilà ce qu'ils auraient dû écrire sur la boîte.
C'est ainsi que mon brave PP, mon coloc' d'amour parmi tous les colocs' m'a tenu déconnectée du réseau linksys (oui, ami lecteur je t'informaculture ici) pendant tout un week-end.
Paraît que mon nom d'ordinateur lui semblait suspect.
Paraît que mon HP émettait des paquets bizarres.
Paraît que je représentais potentiellement une menace.
C'est comme ça que samedi, 16H10 environ, entre un porno et un manga, le fieffé salop a décidé de me bannir de la toile. Ainsi que tous les autres utilisateurs du réseau.
C'est comme ça que samedi, 16H10 environ, PP était le seul bienheureux a pouvoir encore se connecter dans l'appartement. Et peut-être même dans le quartier.
Et il n'a fait le rapprochement qu'hier ...
Entre ses bannissements multiples et nos mes gémissements plaintifs qui duraient depuis samedi.
M aura eu beau me traîner sur l'Ile Marguerite faire du kayak.
Me mettre sur un vélo, trois fois ma taille, sans vitesse, même pas peur.
Me faire grimper des côtes. Des plateaux.
Me faire danser sur de la musique africaine au Mont-Royal.
Me traîner dans "un party" reprise des cours dimanche soir.
Rien n'y a fait. Mon désespoir est demeuré intact tout le week-end. Jusqu'à réparation.
Pourtant, crois-moi, j'en ai vu des choses. Compris aussi.
J'ai vu PP se maquiller pour la soirée. PP sortir son fer à lisser pour ses deux centimètres de cheveux. PP embrasser E à pleine bouche, la bouche pleine. PP caresser les fesses de L.
L embrasser G. G b... L dans la cave. G clamer sa bisexualité la tête dans le frigo.
M flatter la poitrine généreuse de Mag. Mag mettre la main dans le slip de son copain.
Le copain passer ses nerfs sur Guitar Hero.
J'ai surtout compris qu'un trio intéressant se jouait sous mes yeux : M-E-PP.
E aime M. Plus qu'elle ne devrait.
PP aime E. Plus une question hormonale.
M s'en fiche. Trop libre dans sa tête.
E pleure pour M. PP essuie ses larmes. M s'en lave les mains.
Et le tout, the all package, s'endort tous les soirs sous le même toit.
Je viens de faire mes courses dans une pharmacie, tu comprends. Ca me fatigue. Tous les jours est une nouvelle aventure.
Ce qui est bien avec M, c'est qu'elle est pleine de surprises. Ca te rebooste. Déjà à notre première rencontre, je me suis prise comme un ouragan dans la g*#le. Elle a débarqué à 22h mercredi, alors que j'étais en pyjama prête à me coucher dans son lit. Le
téléphone a sonné, elle était au bout de la rue et avait besoin d'aide pour monter ses bagages. Comprendre des caisses de bières vides, un bâton sculpté par ses soins pour - je cite - "redécorer
sa chambre rustiquement" et accessoirement quelques vêtements. Elle a le regard intelligent M. Le sourire en coin.
Tout à l'air de l'amuser. Et puis, surtout, elle a l'hospitalité facile. On se connaissait depuis à peine 10 minutes, qu'elle me proposait déjà de dormir avec elle.
Anyway.
J'ai gentiment décliné l'offre. Faut dire qu'E, appuyée contre le frigo, ça l'a fait rougir grave. A ma place. Elle est pleine d'empathie E. Et puis, la
pauvre, avait tous les éléments en main. Faut la comprendre. Une lesbienne dans la coloc' ça va. Deux passe encore. Deux dans le même lit ? C'était trop d'un coup.
Le canapé a fait l'affaire.
Mais E devait en avoir gros sur la conscience. Elle a entraîné M dans sa chambre. Et si j'en crois le sourcil légèrement relevé de M quand elle a refait son
apparition dans la cuisine, elles n'avaient pas que parlé reprise des cours ...
Du coup elle a absolument tenu à me tenir compagnie dans le salon.
C'était bien. J'ai appris plein de choses. En l'espace de deux heures, elle a eu le temps de m'exposer sa vision de la vie. De l'amour surtout. Ouais. Elle est comme ça M. Elle dit une vingtaine
de choses profondes à la minute.
Moi, j'en avais pas demandé autant.
Je me serais contentée de savoir que ses parents sont en fait sa mère et sa tante, qui n'est pas sa tante, juste une ancienne voisine, qui vit comme un couple avec sa mère depuis qu'elle est née,
avec des disputes de couple, mais sans "les bénéfices". Tu me suis ? Allez je t'aide, traduction, en fait, elles vivent ensemble, sont inséparables, fêtent Noël et toutes les fêtes familiales ensemble, ont élevés M à
deux, mais elles ne b... pas parce qu'il n'y a que la tante qui est du côté obscure de la force.
M a de nombreuses compétences. Pas seulement en comptabilité. Son futur job.
Remarque ça, je le savais déjà. Faut voir sa bibliothèque, ses livres sur le milieu underground, la biologie marine, les classiques de la philo antique, le guide to lesbian sex, l'encyclopédie The whole lesbian sex life book, ...
Elle a de l'expérience M. Le toucher facile. Elle rit en posant son front contre mon genou. Ponctue presque toutes ses phrases par un "c'est cute, c'est trop cute".
On l'a déjà demandé en mariage M. Elle préfère maintenant porter la bague à la mauvaise main. Trop de souvenirs.
Elle a bien vécu M. Elle s'y connaît en threesome. En soirées bien arrosées, où tu rentres plus ou moins mal accompagnée, mais que t'as "quand même un orgasme parfois". En strap-on surtout.
Hé hé hé, c'est que la vie est prenante par ici, les enfants !
Du coup, je n'ai pas pu finir de raconter la fin de mon arrivée.
J'en étais restée au moment où je monte dans le taxi libano-canadien-grenoblois.
Un taxi à Montréal, en plein pays civilisé et technologiquement au point, sans GPS ! T'y crois toi ? Ben faudrait ... Bon, au moins il savait se servir des cartes routières. On a fini par arriver dans le quartier de Verdun (cf Album photos). Valises déposées sur le trottoir, mon
chaffeur démarre, petite émotion, le bruit des marteaux sur les échaffaudages voisins, la petite grille qu'on ouvre, la montée des escaliers, sonner à la porte et ...
Personne. Le silence. L'ennui. Profond, l'ennui. Tu visualises les kilomètres parcourus. Un oiseau piaille. Ta mère en slip.
L'option B est donc à envisager. La clé sous le bac à fleur. Remember. Ouais. Sauf que l'arrière de la maison, ben t'as beau tourner la tête à droite et à gauche, à gauche et à droite ; te la jouer torsion des cervicales à 90° (même tu te
tentes le 180° pour voir), ben tu vois rien. Les maisons sont mitoyennes.
Putain. Le mot est lâché.
Alors courageusement, tu prends tes valises, tes deux sacs de voyages, et t'entreprends la marche du siècle. Trouver le croisement de la route qui te mènera au pot de fleur. Sous la chaleur de Montréal. Le ventre vide. PDM.
Tu finis par trouver. Tu remontes la rue en sens inverse. N° 656. C'est la jungle.
Tu montes les escaliers. Quatre bacs à fleurs devant toi. Toutes totalement desséchées. Lesquelles furent orange ? Paye ton voyage, man. Alors dans un élan, tu le tentes. Tu tires sur la porte fenêtre. Et là, miracle ! Hosannah au plus haut des Cieux, t'es sauvée.
Sauf qu'avoir fait tout ce chemin, pour entrer comme une voleuse dans un appartement vide par la porte fenêtre de derrière, c'est weird, t'avoueras.
Alors t'appelles tes parents pour les prévenir que t'es à destination, tu visites toutes les pièces, découvres les chambres, essayes de deviner laquelle est à PP, à
E et à M. Et tu y réussis plutôt bien.
Tu t'ennuies à mort en fait. Alors tu prends en photo l'intérieur du frigo. Tu te sers une boisson au citron.
T'es un peu con. Alors tu te mets derrière le piano. Histoire de faire un truc. Que tu sais pas faire.
Finalement tu vas prendre une douche. En espérant qu'ils n'arrivent pas à ce moment. C'est là que tu tombes sur un mot à ton intention qui commence par : "Bienvenue étrangère venue de si loin ! AKA Claire". Drôles ces Canadiens.
Au bout de trois heures, alors que j'attendais M, c'est E qui a fait son apparition.
Gentille E. Le genre discrète. Pas un mot plus haut que l'autre. Elle a le rire facile. Elle te met à l'aise. Elle a d'ailleurs tout de suite entrepris de me faire à manger : du blé d'Inde. Comprendre du maïs, tout simplement.
Après elle m'a fait faire un tour du quartier, histoire de me montrer où prendre le métro, où se trouve la pharmacie pour faire mes courses (oui, dans une pharmacie,
j'y reviendrai dans un autre post), où se trouvent les berges, etc
On a beaucoup parlé de tout et de rien. Etudes, voyages, famille ... et M. Oui, parce qu'en fait il se trouve que j'aurais pu l'attendre encore longtemps, ce
soir-là, M. Elle n'est rentrée que le lendemain. Par surprise. (Elle n'aurait dû arriver qu'aujourd'hui.)
M était en retraite depuis le dimanche. Dans un chalet, seule, dans les bois. "Avec sa guitare", dixit E. "Pour faire le point".
...
Je t'ai dit que M je l'aimais déjà vraiment bien ?
Elle a fini par appeler. Vers 21 heures. Alors que j'allais me coucher sur le canapé (ma chambre se libère aujourd'hui seulement).
C'était bizarre parce que très naturel. E et moi assises sur le canapé, M et E qui se racontent leur vie au téléphone, moi qui entend tout, mais ça n'en gêne aucune.
Au contraire E m'invite dans la conversation. Entre temps, elles conviennent que M m'offre sa chambre le temps de son absence. Pretty cool.
Alors qu'on va préparer mon lit, je demande à E pourquoi M est partie "en retraite". Là E prend un air entendu, quoiqu'un peu gêné, se dandine d'un pied sur l'autre, voire rougit légèrement, et me dit : "disons qu'elle ne sait plus où elle en est
avec son ex copine ... elle la balade, enfin tu vois ..." Ouais. Disons que je vois. "...enfin voilà, je te le dis, elle est lesbienne, de toutes façons tu finiras bien par le savoir".
Silence.
Peut-être que c'est le moment. Gentille E. Je vois bien qu'elle appréhende ma réaction. Peut-être qu'il faudrait la rassurer. Tout à fait. Définitivement.
Ce que je fais. Elle sourit E. Passée la minute d'étonnement, je sens que ça l'amuse. Une fois la chambre prête, elle retourne travailler. En partant elle me dit : "enfin, d'ailleurs, je suis sûrement bisexuelle", regard par-dessus l'épaule, "mais ça reste à confirmer".
AirrrTransat', la meilleure compagnie d'avion du monde.
Je ne dis pas ça uniquement parce qu'on est arrivé avec 15 minutes d'avance (et que quand ton voisin, Boris, ne connaît pas le déodorant, ben t'es bien contente de pouvoir enfin respirer. Oui,
l'apnée pendant 7h40, c'est douloureux ...) ou parce que t'as pu mater gratuitement un film avec George Clooney dedans, ou parce que ta collation de 17h était un sandwich au cheddar ou encore
parce que l'hôtesse, celle avec le joli petit nez pointu, t'as involontairement caresser une fesse (celle de droite, ta préférée désormais) à la sortie.
Non. J'affirme la supériorité d'AirrrTransat', pour cette raison :
Cette chanson qu'ils t'ont balancé à fond la sono quand t'es entrée dans l'appareil. Tu t'es assise et ton siège bougeait tout seul comme si un caisson de basse s'y
trouvait.
Et là, tu sais. Ca va être rock and roll, babe ! Les 400 euros et quelques, les 72 euros supplémentaires que t'as dû payer pour surchage de bagages (oui, l'agence Wasteeel voyage vous ment) les
valent complétement.
T'as plus peur. Si tu meurs, ce sera avec Miss-Teeq dans la tête. Les portes du paradis s'ouvriront largement. Même pour Boris.
D'ailleurs Louise Bourgoin qui a l'habitude de tirer la langue dans l'avion, tellement ça l'inspire,
a fini par comprendre : AirrrTransat, c'est de la bombe. Ca donne envie de sourire. De regarder le ciel bleu. D'aimer les avions. D'aller au Québec.
Une fois à Montréal, tout est allé très vite. J'ai même vécu mon petit moment de gloire à l'immigration.
Imaginez la scène : après t'être réveillée à 5h du mat', t'être tapée 2h de TGV, avoir attendu presque 3h à l'aéroport, puis avoir enchaîné sur 7h20 de vol, tu te tapes encore 30 min d'attente à
la douane, et là, alors que tu crois que tout est fini, on t'envoie à l'immigration où il y a déjà une cinquantaine de personne. Et à voir la queue avancer, tu comprends que tu en as pour encore,
au bas mot, 2 bonnes heures d'attente. Tes deux sacs pèsent tout à coup vraiment très lourds sur tes épaules ... Et c'est évidemment le moment que choisit Boris pour apparaître.
Et là, une nana de l'immigration s'avance vers la file et lance LA phrase : "Est-ce qu'il y en a parmi vous qui reste moins de 6 mois ? less than six ?"
Elle vient juste de te sauver. Tu passes devant tout le monde, même le mec qui attend depuis déjà 1h30 ... Et ouais ! T'aurais dû voir leur tête à tous : dégoûtés.
Bon après, j'ai eu à un faire un dernier choix crucial :
mais j'ai su rester simple.
C'est donc à bord d'un taxi libano-canadien-grenoblois (oui, le mec connaissait Grenoble comme sa poche, impressionnant) que s'est terminé le voyage.
"You're dangerous
Just get it up
the way you move so scandalous"